Itinérances photographiques

 

  Wanderings

Serge Mascret

chronique d'une image / picture chronicle

Cette page est à la disposition des photographes qui souhaitent raconter l'histoire de la création d'une photographie

 de quelques lignes à 20 lignes maximum.

This web page is available to photographers who want to tell the story of the creation of a photograph in a few lines up to 20 lines

Serge Mascret

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Bernard JOLIVALT

 

Ostende, Belgique, 2012

 

C'est une photo que j'ai prise au cours d'une incursion en Belgique lors d'un bref périple « photo de rue » nordique. J'ai toujours été fasciné par ce pays très particulier parce qu'il y règne l'esprit de René Magritte, de Paul Delvaux et d'autres grands peintres surréalistes.

J'arpentais le bord de mer d'Ostende, un lieu magique, magnétique et hors du temps. Au bout de la promenade, je tombais sur de hautes lettres blanches formant le mot BASE. Un peu plus loin, des œuvres du sculpteur belge Arne Quinze, d'énormes boîtes rouges déformées, se dressaient près de la plage. Je ne su jamais si les grandes lettres faisaient partie de cette exposition en plein air.

Dans une interview, Henri Cartier-Bresson avait déclaré : « Il ne faut jamais vouloir. Quand on veut, on n'obtiens rien. Il faut laisser les choses venir ». Or, je voulais une photo bien précise. Je l'avais en tête. Mon secret espoir était que quelqu'un montât sur les lettres.

J'attendis un moment. Les lettres se trouvaient au centre d'un arc de quelques dizaines de mètres de rayon  formant un banc de bois. Comme le temps était clément, la plupart des places étaient occupées. J'en trouvais une d'où je pus photographier à loisir. Bien entendu, personne ne grimpa en haut des lettres.

Le mot BASE m'intriguait néanmoins. Je photographiais des familles qui passaient devant ce mot incongru dont le sens en ces lieux m'échappait. Les photos n'étaient pas mal, mais sans plus... Rien de véritablement satisfaisant...

Au bout d'un moment, je décidais d'aller voir les sculptures d'Arne Quinze. Les passants et les vélos déambulant entre les immenses boîtes rouges permettraient sans doute de ramener quelques photos très graphiques. Ce fut le cas.

Puis je revins vers les quatre lettres, toujours avec cette idée que peut-être, entre-temps, quelqu'un serait monté dessus. J'aperçu les deux fillettes juchées en haut du « E ». Comment étaient-elles arrivées là haut ? Par quelles acrobaties risquées ? Peu importait. Je pris immédiatement quelques photos afin d'assurer, pour être certain de ramener une ou deux vues même si elles décidaient subitement de redescendre.

De toute évidence, les gamines n'avaient pas l'intention de descendre de sitôt. Je m'installais de nouveau sur le banc circulaire et de là, je multipliais tranquillement les prises de vue avec mon bon vieux Nikon D2X et le 70-300 mm calé à 70 mm. Puisqu'il avait suffit de vouloir pour obtenir, je décidais de vouloir de nouveau. Cette fois, je désirais non seulement des personnages sur les lettres – ce vœux étant d'ores et déjà exaucé –, mais aussi quelqu'un au sol. Les promeneurs seuls, en couples ou en groupes ne manquaient pas, mais ils ne passaient pas forcément assez près du sujet ou n'étaient graphiquement pas satisfaisants. Et puis, un vélo, ce serait mieux. Un vélo de ville, ce sont les deux cercles des roues, le triangle du cadre et un personnage se tenant bien droit. Il finit par apparaître, à charge pour moi de déclencher au bon moment. C'est ainsi que j'obtins photo voulue. Il n'était dès lors plus nécessaire d'en prendre d'autres.

Bernard JOLIVALT

 

blog Photo de rue  

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