Itinérances photographiques

 

  Wanderings

Serge Mascret

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La chute de l'ange

Bruits et rumeurs

 

 

Pour la nouvelle édition des Lettres 2019, Bruits et rumeurs, je proposais de témoigner sur une curieuse affaire qui ébranla mon esprit tant soit peu rationnel. Elle débuta dans le village de mon enfance, une bourgade de 3150 habitants dans l'ouest de la France, au bord de l'Atlantique où nous avons avec mon frère notre maison familiale devenant, après le décès de nos parents  notre résidence secondaire. Il serait plus intéressant de dire que cette affaire a démarré au bord de la mer qui se situe à 500 mètres du bourg où s'élève de gros rochers de couleur brun-rouge.

En fait cette histoire m'a été rapportée par Jacques, un ami d'enfance, professeur de français qui est devenu à la retraite le correspondant local du journal régional. Il en a rêvé toute sa vie; devenir journaliste. Au lycée il était le rédacteur en chef du journal bimensuel très politique, dans l'air du temps des années 70, "les Rocs rouges". Il écrit maintenant des articles sur les mariages, les enterrements, les rencontres sportives et associatives avec le style brillant, humaniste que je lui connaissais et s'est passionné pour l'édition en ligne du journal. il a créé d'ailleurs une rubrique "petites histoires de la vie quotidienne" portraits de citoyens remarquables dans la région.

Il y a 8 ans, en automne, se déroula un accident grave. Une petite fille du village est tombée de l'un des rochers à la couleur brun-rouge proche de notre village qui se dressent face à la petite plage dite des rochers rouges. Elle était avec d'autres enfants dont ceux de familles de migrants du Moyen-Orient  qui s'étaient installées depuis 5 mois dans une colonie de vacances désaffectée en attente de leur demande d'asile. Tout de suite une rumeur s'installa dans le canton. Un des enfants de migrants aurait obligé la jeune victime à sauter du haut d'un des rochers dont la partie plate était transformée en espace de jeu et auraient proposé un pari absurde, faire l'ange pour aller au paradis.

 La jeune victime fut transportée aux urgences avec une fracture du bassin et la colonne vertébrale fut touchée.

Les esprits s'échauffèrent. On reprocha au maire d'avoir accepté l'accueil des migrants, on parla de djihad envers les enfants de la République, l'opposition municipale  demanda plus de sécurité. Malgré cela, un conseiller municipal fut agressé par un inconnu masqué qui lui cria: "on est chez nous".

Après quelques jours d'émotion et de témoignages contradictoires les esprits se calmèrent tant soit peu car les familles de migrants disparurent mystérieusement  du village quelques jours après l'accident, la nuit, ce qui soulagea certains mais aussi fit courir une autre rumeur: les autorités municipales protégeraient les migrants en les déplaçant dans un endroit inconnu pour éviter un scandale ou pour prévenir toutes violences envers eux. Jacques interrogea  le maire sur la disparition des migrants. Il parla de changement de résidence d'accueil dans la capitale régionale pour faciliter leurs démarches administratives sans autres précisions  mais personne ne crut à ses propos et moi en premier.

Face à ces rumeurs de plus en plus virulentes, Jacques fit un article sur ce fait divers d'apparence banale. Après une enquête auprès des enfants, des parents, des enseignants, il réfuta ces bruits absurdes de djihad et en bon pédagogue essaya de passer un message de tolérance, de prévention et de vigilance sur cet espace de jeu improvisé et l'accompagna d'une photographie. On reprocha à Jacques d'avoir mis la photo du rocher le moins haut des 7 existants dans un rayon de cent mètres pour minimiser l'accident. Cet article fut édité aussi sur le site du journal.

 

 

 

Ce fut comme une mèche qu'on allume et qu'on regarde, fasciné, se consommer en attendant l'explosion Une grande activité sur les réseaux sociaux sur cette affaire de chute fut immédiate et massive dans tout l'hexagone. Le #haschtag: la chute de l'ange fit son apparition. Jacques reçut une avalanche de tweet, de mail qui l'accusaient de naïveté, de cacher la vérité, d'être au service d'une élite hors-sol qui permet une immigration incontrôlée.

C'est la parution d'une photographie étrange, incompréhensible, énigmatique qui provoqua l'explosion. Elle fut vue et commentée par 800000 personnes en une seule journée.

 

 

 

 

Elle représentait l'un de nos rocs rouges mais la petite fille était une inconnue pour les habitants du village et du canton. Plusieurs détails nous troublèrent, Jacques et moi: le signe en forme d'étoile gravé sur la pierre qui , vérification faite, n'existe pas dans la réalité sur les sept rochers, le rayon lumineux du soleil qui part de la haie de rosiers sauvages et se reflète sur le rocher juste devant le pied d'appui de l'enfant et cette silhouette en arrière plan. Les réseaux sociaux en firent leur choux gras. Les journaux nationaux commencèrent à faire paraître des articles sur le mystère de "la chute de l'ange" d'abord  pour se moquer gentiment de ces croyances provinciales, ce qui ne plut pas aux habitants de notre bourg et qui eut pour conséquence de les renforcer dans leur conviction d'un complot contre leur territoire. Ils finirent par envoyer des journalistes dans notre province pour éclaircir ce mystère.

Bien que le comité de rédaction du journal de Jacques soit opposé à tous nouveaux articles dans l'immédiat sur ce fait divers risquant de provoquer une avalanche de rumeurs de toutes sortes. Jacques insista pour faire un deuxième article compte tenu du flux considérable d'informations, de témoignages, d'images qui étaient diffusés sur les réseaux sociaux. Il argumenta son point de vue en disant, à juste titre, que le silence face à la divagation informationnelle réveillerait tous les complotistes du pays et au delà. L'aspect financier joua aussi dans la décision de suivre cette affaire: Le journal avait augmenté ses ventes de 25 % , le flux de leur site de 37% et le public inquiet par cette affaire hors norme demandait être informé.

Je commençais à douter qu'il s'agisse là d'un simple accident.

Parmi le flux des messages plus ou moins farfelus, les rédactions reçurent un mail qui attira particulièrement l'attention. Il s'agissait du message d'un père de famille qui témoignait de la chute mortelle de son petit garçon de 10 ans qui eut lieu la même année, au printemps. En pièce jointe: une image de rochers en forme de têtes humaines sur lequel était gravé la même étoile à cinq branches.

Face au désarroi des parents de la jeune victime beaucoup de gens furent profondément émus et firent circuler une pétition à leurs proches, à leur amis, sur les réseaux sociaux pour la réouverture de l'enquête.

Les camarades de la victime avait parlé à l'époque du jeu de l'ange aux gendarmes qui n'avaient pas retenu ces propos enfantins. On avait conclut à une chute accidentelle mais des articles qui relataient ce fait divers parlaient d'enfants de migrants venus avec leur famille pour faire la cueillette des fruits qui, après l'école, jouaient sur ces rochers avec les enfants du bourg. D'autres journalistes parlaient de jeu de la marelle au sommet des masses rocheuses transformées en aire de jeu.

 

 

Jacques reçut de nombreux messages, tweet, de menaces, d'insultes. On considérait que ses articles appelant à la raison cachaient la vérité et protégeaient les élus locaux, la presse, les médias, l'institution judiciaire. Chaque internaute, souvent anonyme, avait son explication, sa théorie plus ou moins baroque.

On parlait en particulier d'une secte faisant des sacrifices en précipitant des enfants du haut de rochers. D'autres articles parlaient des signes gravés sur la pierre. Pour eux ça serait un pentagramme, étoile à cinq branches qui, dans la culture populaire est un signe du Diable mais pour d'autres un symbole magique de protection.

A l'époque je commençais à croire à une sale histoire sans pour cela adhérer à certains délires du net. La rumeur d'un complot que l'on nommait " la chute de l'ange "se propagea avec son lot d'histoires venant de toute la France. Les messages racontaient la chute d'enfants du haut d'un rocher situé à proximité de la mer, avec photos à l'appui, sur lequel était gravé, dessiné à la craie, à la bombe de peinture ou par les intempéries, le même signe.

A croire l'enquête des médias nationaux, nous étions à 7 blessés dont 2 graves et un mort.

Un juge fut nommé et des enquêtes furent diligentées. L'opinion public reprochait aux institutions politiques et judiciaires, le manque de réactivité. Mais l'information qui conforta les adeptes d'un complot contre l'occident via Internet fut la découverte dans les cartables des enfants du canton d'une série de cartes à jouer baptisée "la chute de l'ange" un jeu inventé probablement dans les cours de récréation sur le principe de la marelle avec les cases ciel et terre inversées, dont la carte N°10 est illustrée par la mystérieuse image de la chute de l'enfant inconnu. Face à la pression des parents et des gendarmes, les enfants furent contraints de parler malgré l'omerta que quelqu'un apparemment leur imposait.

D'après les enfants interrogés ça se déroulait de la façon suivante: Les participants montaient sur un rocher où ils dessinaient sur la partie plate, à la craie, une marelle. Ils tiraient une des 10 cartes du jeu. Celui ou celle qui prenait la carte 10 devait sauter de case en case sur une jambe et se laisser tomber dans le vide du haut du rocher. Si personne ne tirait le 10 on faisait 2 autres tirages et si le 10 n'était toujours pas tiré alors celui ou celle qui avait le moins de point, devait se laissait tomber dans le vide. Celui ou celle qui refusait de sauter dans le vide était mis en quarantaine et harcelé sur les réseaux sociaux et considéré comme un lâche.

 

 

 

On comprit que les cartes étaient téléchargées sur le web et imprimées par les enfants. Ils pouvaient personnaliser le jeu en mettant une

photographie différentes sur la carte n°10. Certains mettaient la photo d'une de leurs chutes d'un rocher, d'autres un selfie avant la chute. On retrouva ce jeu dans toute la France et dans des pays européens, là où un rocher pouvait servir d'espace de jeu.

Mais qui était derrière tout cela. L'affaire avait pris une telle ampleur et dans la mesure ou des parents d'enfants blessés avaient porté plainte, la justice devait aller jusqu'au bout de ce fait divers singulier. Le site fut localisé à l'étranger en Ukraine. Les enfants payaient le jeu de cartes à un prix prohibitif avec la carte bleue de leurs parents. Les plus malins payaient pour leurs camarades et se faisaient rembourser, avec une commission, sur l'argent de poche de leurs copains de jeu. Le complot de la chute de l'ange devint apparemment une escroquerie. Plus d'un millier de personnes aurait été victimes de celle ci. L'opinion publique considérait qu'il y avait derrière cette affaire quelque chose de plus sérieux qu'une simple arnaque à la carte bancaire. Pour elle, l'argent escroqué servait à financer une organisation criminel dont on ne connaissait pas encore le but.

On se rappela que tout avait commencé avec la présence d'enfants de migrants mystérieusement disparus et qui depuis étaient revenus dans un village voisin sans raisons connues et sans explications crédibles des maires et élus concernés. Ils vivaient en autarcie sans contact avec les habitants de la région. Les autorités ne communiquaient pas par peur d'une épidémie numérique, les médias traditionnels étaient prudents par peur d'une campagne de boycott. Mon ami Jacques commençait lui aussi à me parler de complot et de tentative d'atteinte à la population via les enfants. Les gendarme n'avaient pas éclairci la présence d'une étoile à 5 branches gravée sur chaque lieu des accidents et n'avaient découvert l'identité de l'enfant inconnue.

 L'étoile semblait avoir lancé un sort à toute une population désorientée qui pensait à la première phase d'une stratégie de déstabilisation d'un pays avant le grand saut dans un état de violence.

 

On raconte, il se dit que.....

 

Est ce que vous vous rappelez de cette affaire qui défraya la chronique de l'année 2011 ? Non, bien évidemment puisque je l'ai inventée en m'appuyant sur les processus de création des rumeurs et en concevant des images truquées adaptées à l'histoire. Si quelques lecteurs des Lettres comtoises ont cru à cette histoire de chutes d'anges et de marelle 2.0, c'est que je suis passé du statut d'essayiste à celui de conteur racontant une histoire en prenant soins de développer avec les lecteurs un sentiment de connivences fondé sur des sous entendus " on ma dit, on raconte, il se dit, mon ami Jacques m'a rapporté" pour faire adhérer les lecteurs à cette légende de notre temps en profitant d'un contexte politico-social pour conquérir leur adhésion et en les transformant en colporteur de fausses nouvelles.

En fait la rumeur c'est nous, nous tous, tous les milieux sociaux confondus. Nous la transportons dans une connivence assumée par jeu, par haine de l'autre, par conviction politique ou religieuse, par opportunisme, pour faire peur, se distraire, étonner son public, pour déstabiliser son adversaire. Finalement c'est le contexte qui nous pousse à promouvoir la rumeur en décidant de notre degrés d'implication.

 

Une histoire pleine de bruits et de fureur:

 

Voici quelques éléments narratifs que j'ai utilisés pour essayer d'emporter l'adhésion des lecteurs.

Le narrateur a passé son enfance dans le village où s'est déroulée cette étrange affaire. Il  bénéficie d'une crédibilité du fait de sa connaissance du pays. Son informateur et ami d'enfance, journaliste local, jouit aussi, par son métier proche des citoyens, d'un capital confiance.

Cette histoire nous concerne tous car les protagonistes principaux sont des enfants, symbole d'innocence et de fragilité et d'avenir pour la société.

Un rocher: Par sa forme et sa couleur rouge, il devient un accessoire sacrificiel.

Les pouvoirs publics: Face à un événement troublant qui surgit, dont les causes restent obscures, les pouvoirs publics et médiatiques pris de cours ne sont alors plus en mesure de répondre à la demande urgente d'informations et sont décrédibilisés. L'absence de vérité publique et le scepticisme ambiant envers les institutions rendent l'espace public et donc les citoyens plus perméables aux rumeurs.

Les enfants de migrants: Ils apparaissent dans l'histoire comme des petits diables qui provoqueraient  la chute des anges. Dans le contexte social et politique actuel, l'immigration est source de peur, de fantasmes complotistes comme la théorie du grand remplacement.

jeu de la marelle: Il est un parcours initiatique entre terre et ciel et un rite de passage où l'on joue son destin.

Le lieu: le bord de mer point de départ des voyages mais aussi des invasions.

L'étoile à 5 branches: symbole occulte de ce conte du 21ème siècle qui donne une profondeur ésotérique à cette histoire de chutes d'anges.

 

La rumeur visuelle

 

Dans le numéro des lettres comtoises n° 10 "Miroirs et reflets", paru en décembre 2015, je citais les propos de Régis Debray sur les trois âges du regard (l'ère des idoles,  l'ère de l'art, l'ère du visuel. L'ère du visuel caractérise notre époque dans notre façon de regarder le monde et de le représenter via les images fixes ou mobiles.

 ... l'ère du visuel commence avec la généralisation de l'audiovisuel ......L'image est produite avant tout pour être visionnée. C'est une perception liée à la performance des machines de production et de visionnage. Dans cette période ..... le temps est ponctuel. L'image sans véritablement d'auteur est captée pour informer, créer un événement en fonction de la mode du moment pour surprendre et distraire. ....." (1)

Régis Debray, dont le livre a été publié en 1992, ne pouvait pas décrire la période actuelle dans toute son ampleur et sa particularité. Je l'ai associée à une quatrième ère que j'ai appelé la "cybersphère "

"Pour moi cette période s'est ouverte au cours de la dernière décennie du 20ème siècle avec la généralisation du numérique, d'Internet, de la dématérialisation de l'information, du développement mondial des réseaux et des capacités infinies de stockage de l'information et de son traitement. L'apparition des réseaux sociaux a créé des pratiques de communication inédites...... qui permet aux internautes de s'exposer sans retenue, d'essayer d'exister dans un monde globalisé. Les images sont interactives, immersives, créées par des processeurs de plus en plus puissants qui prennent la main sur les utilisateurs. Les machines de production et de diffusion des images interconnectées montrent des images en éternel devenir s'adaptant au dispositif de diffusion. Elles sont modifiables à souhait, véritable pâte à modeler numérique créant chez l'usager à la fois une jouissance et un doute quant à la véracité de la représentation iconographique.(2)

Les outils d'analyse et de réflexion sur l'image que nous a transmis Régis Debray, nous permettent de comprendre que cette ère du visuel et celle de la cybersphère, dans laquelle nous vivons, donnent toutes les opportunités  pour satisfaire les tentations d'avoir recours aux "fake news", aux rumeurs visuelles, aux "hoax"(3).

 

Il faut le voir pour le croire

 

La photographie est un excellent support pour propager des fausses nouvelles  d'abord par la représentation réaliste de son référent qui donne du crédit à une rumeur visuelle; C'est ça, Ca a existé"....

" elle est le particulier absolu, la contingence souveraine, ... " (4) p 15

Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a eu lieu qu'une fois..." (4) p 15

"On dirait que la Photographie emporte toujours son référent (ce qu'elle représente) avec elle, tous deux frappés de la même immobilité amoureuse ou funèbre, au sein même du monde en mouvement " (4) p17

Son immobilité, son hors champs à jamais perdu en fait une représentation ouverte à toutes les  interprétations, à tous les fantasmes.

Roland Barthe, pour analyser la photographie, utilise des concepts comme: le "studium" c'est ce que perçoit chaque "spectator" ( spectateur) en fonction de son savoir, de sa culture, de son expérience, de son intérêt humain pour le sujet représenté. L'image photographique est polysémique. Elle accepte toutes les interprétations préalables aux bruits et à la fureur.

..second élément qui vient déranger le studium, je l'appellerai donc punctum; car punctum, c'est aussi: piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure- et aussi coup de dés. Le punctum d'une photo, c'est ce hasard qui, en elle, me point( mais aussi me meurtrit, me poigne (4)p 49

Les photos dont je parle sont en effet comme ponctuées, parfois même mouchetées, de ces points sensibles;.... (4)p 49

Dans l'image "la chute de l'ange" d'un noir et blanc et immobilité funèbre, des détails peuvent perturber le spectator (le spectateur): le rayon de lumière, la silhouette dans le fond de l'image, l'étoile gravée sur le rocher mais c'est surtout l'acte surréaliste, de la petite fille au visage caché, de se laisser tomber dans le vide. Ces "petites taches" peuvent nous émouvoir, nous troubler et alors sont le point de départ d'interprétations, de confusion qui portent les angoisses et les peurs du spectateur.

D'ailleurs, se sont parfois les images, mal définies, floues, sans profondeur de champs, noir et blanc dont le réaliste est dégradé qui sont le point de départ de rumeurs singulières (Ovni, extraterrestres...).

 

L'image numérique

 

Elle a la même singularité, la même essence que l'image analogique mais elle a aussi des caractéristiques techniques qui lui permettent d'être transportée instantanément, d'être identifiée par les métadonnées, de s'adapter au dispositif de diffusion, être modifiée, transformée sans laisser de trace créant ainsi une réalité qui n'a jamais eu lieu. Un support idéal pour engendrer une rumeur visuelle.

Une rumeur visuelle a besoin d'être transportée, se démultiplier pour atteindre le plus grand nombre d'internautes pour qu'elle devienne crédible. Ils deviennent des relais pour la diffuser l'enrichir au passage par leurs commentaires, l'associer à leurs propres images et renforcer ou non le développement de la rumeur.

L'image numérique est conçue pour être expédiée d'une façon quasi instantanée par les réseaux d'Internet, sur une zone étendue à l'échelle de la planète, vers des millions d'adresses IP permettant de réunir, en un temps record, d'une manière virale, une communauté prête à s'unir pour construire une légende urbaine. Les traces de cette activité communicationnelle sont stockées sur des serveurs aux capacités considérables, consultables en tout lieu et en tout temps. Il est possible de faire des recoupements, des enquêtes, vérifier des propos et ainsi adapter en temps réel l'histoire pour la rendre conforme à ses souhaits.

La vidéo est un support permettant aussi de propager à sa manière de fausses nouvelles. Sa gestion du temps par le mouvement, le montage, l'ellipse temporelle, la modification de la bande son et de l'image donne les outils idéaux pour fabriquer des fausses nouvelles. Dernière innovation au service du mensonge et de la manipulation: " Des scientifiques de l'université de Washington ont réussi à créer un faux discours vidéo de Barack Obama à partir de simples pistes audio, en évitant un écueil récurrent : leur montage offre une synchronisation des propos tenus et des lèvres de l'ancien président américain. Si cette avancée technique impressionne, elle interroge aussi sur d'éventuelles dérives futures*. (5)

 

le mensonge est l'arme des puissants et des faibles.

Fake news, un phénomène de société présent dans tous les médias sous la forme de rubriques, de reportages, d'articles, de sites, de tables rondes . Il montre l'intérêt du public mais aussi son inquiétude car ces fausses nouvelles participent à la diffusion du racisme, à la désinformation des citoyens, à la violence sociale, à la déstabilisation de nos démocraties. Elles modifient la réalité de choses et créent des peurs injustifiées et installent des illusions dans nos esprits.

 

Une histoire sans fin.

Je viens de recevoir de mon ami Jacques les dernières conclusions de l'enquête judiciaire. l'Ukraine est bien le lieu où ont sévi les hackers. Les commanditaires à la surprise générale serait un groupe de députés d'extrêmes droites dont le but est de déstabiliser le pouvoir au moment.....

 

 

Cette photographies a été prise au nord du  Danemark en 2007 au bord de la mer Baltique. Cette petite fille qui joue à la

"chute de l'ange" devait connaitre ce rocher car elle est tombée sur le sable sans problème sous le regard indifférent des parents qui se trouvaient hors champs.

 

 

 

 

Cette photographie a été prise en Bretagne du nord en 2015 près de Perros-Guirec  Sentier des Douaniers

 

 

 

 

Paru dans: Lettres comtoises n° 14 « Bruits et rumeurs » décembre 2019 revue annuelle publiée par l'Association du livre et des auteurs comtois (ALAC), Centre Pierre-Mendès-France, 3 rue Beauregard, 25000 Besançon

 

 

(1)Vie et mort de l'image"  de Régis Debray       Édition Gallimard/folio essais 1992

(2) "Miroirs et reflets",  paru en décembre 2015 dans le numéro des lettres comtoises n° 10

(3) Hoax est un terme anglais qui signifie « canular ». En informatique, il s'agit d'une  information erronée ou invérifiable qui profite de la puissance d'Internet pour se propager à grande échelle. Par exemple: Il peut s'agir de courriels, de messages publiés sur des forums ou les réseaux sociaux et dont les contenus cherchent à créer l'inquiétude, l'indignation ou au contraire l'approbation

(4) La chambre claire Note sur la photographie  Roland Barthe  Édition: Cahier du cinéma  Gallimard Seuil 1980.

(5) information diffusée sur Internet et dans les médias. A suivre

 

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© Serge Mascret         chrominance@wanadoo.fr